Moctar OuaneAncien Premier ministre du Mali
← Tous les discours
Afrique et intégration

Réunion de haut niveau sur la gouvernance en Afrique de l’Ouest

Bamako7 min de lecture

Monsieur le ministre des maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale du Niger, Président du Parlement de la CEDEAO,

Monsieur le Directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique de l’Ouest,

Monsieur le Représentant du Président de la Commission de la CEDEAO,

Monsieur le Coordonnateur Résident du système des Nations Unies au Mali,

Mesdames, messieurs les Représentants des partis politiques, des organisations non gouvernementales et de la société civile,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Il y a une dizaine de jours s’achevait, en ce même lieu, la quatrième Conférence ministérielle de la Communauté des démocraties, qui se tenait en Afrique pour la première fois.

Cet évènement de haute portée politique a redonné espoir et confiance à l’Afrique, et confirmé l’ancrage de la démocratie sur notre continent, qui ne cesse d’accomplir des progrès significatifs en matière de gouvernance démocratique et de développement humain durable.

Aujourd’hui, voici que, de nouveau, Bamako abrite une autre rencontre de haut niveau dédiée à la promotion de la gouvernance en vue de construire dans un cadre solidaire des Etats africains capables, efficaces et respectés.

Il me plaît, à cet égard, au nom du gouvernement de la République du Mali de souhaiter la plus chaleureuse des bienvenues dans notre pays à vous toutes et tous qui êtes venus de partout pour prendre part à cette Réunion de haut niveau organisée conjointement par le gouvernement de la République du Mali, la Commission économique pour l’Afrique de l’Ouest consacrée au système de bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest.

Je voudrais aussi, d’emblée, remercier la CEA et la CEDEAO d’avoir choisi le Mali pour abriter une si importante rencontre, et féliciter les organisateurs pour le choix du thème.

Mesdames, messieurs,

Réunir un aréopage si distingué et compétent pour « repenser le système de gouvernance pour s’unir dans l’action en vue de construire des Etats capables, réceptifs et responsables en Afrique de l’Ouest » est une initiative constructive, qui participe de la volonté politique de bâtir des Etats efficaces dans une sous-région Ouest africaine mieux positionnée pour tirer le meilleur parti de la mondialisation.

Comment y parvenir ? Pour quels objectifs spécifiques ?

Telles sont les principales questions auxquelles la présente Réunion devrait apporter des réponses adaptées.

Je voudrais y contribuer en formulant, à l’entame de vos travaux, quelques brèves observations.

Et, d’abord, il me paraît utile de mieux cerner les objectifs poursuivis. Globalement, il s’agit, vous le savez, de contribuer à l’amélioration du système de gouvernance dans les pays de l’Afrique de l’Ouest en vue d’assurer le développement desdits pays. Concrètement, cela devrait se traduire par l’édification d’Etats efficaces, susceptibles de catalyser le développement, de fournir des services à leurs citoyens, de rendre compte à ceux-ci et d’être à leur écoute. Autrement dit, nous devons bâtir des Etats, d’abord, capables c'est-à-dire disposant de ressources financières et humaines ainsi que de la volonté et de la légitimité nécessaires pour mener à bien leurs missions.

Il va sans dire que les Etats efficaces que nous voulons bâtir devraient, ensuite, être réceptifs, c'est-à-dire prendre en compte, pleinement, les besoins des populations et agir en conséquence.

Nous disposerons d’Etats efficaces si, enfin, ceux-ci admettent et organisent le principe de leur responsabilité, c'est-à-dire permettent aux citoyens de leur demander des comptes.

C’est précisément dans cette perspective que, depuis plus d’une décennie, de nombreuses réformes ont été engagées pour construire un Mali moderne.

Avec l’appui des partenaires au développement et l’engagement des acteurs de la vie nationale, le Mali a fait l’option d’élever la promotion de la bonne gouvernance au rang de priorité gouvernementale.

Participe de cette dynamique, l’engagement du gouvernement de traduire en résultats le Projet de développement économique et social –PDES), initié par le Président de la République, Son Excellence Amadou Toumani TOURE, et qui doit conduire notre pays à produire davantage, distribuer équitablement les fruits de la croissance, investir dans l’avenir et construire un Etat de droit et de bonne gouvernance.

Dans cette perspective, le gouvernement entend déployer des efforts soutenus pour l’émergence d’une administration efficace, d’une justice assainie et des collectivités locales renforcées tout en poursuivant la lutte contre la corruption.

Tel est aussi l’objectif du Programme de développement institutionnel (PDI) adopté par le gouvernement de la République du Mali, et qui s’articule sur trois axes :

- d’abord, la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit en vue d’une plus forte implication des citoyens dans la prise de décision et dans le contrôle de l’action publique ;

- ensuite, le renforcement des capacités nationales afin d’assurer la bonne exécution des programmes de développement socio-économiques en dotant notre pays d’une administration moderne, efficace et performante, d’un secteur privé compétitif et d’une société civile consciente et responsable ;

- enfin, la restauration de la légitimité de l’administration et l’accroissement de son efficacité par la réorganisation de l’Etat central et le renforcement de la gestion publique, la consolidation de la décentralisation, la valorisation et le renforcement des capacités des ressources humaines, enfin la communication et les relations avec les usagers.

Participent de cette dynamique, l’organisation d’élections libres et transparentes, l’adoption d’une charte des partis politiques et, très prochainement, d’un statut de l’opposition, la mise en place d’un mécanisme de financement public des partis politiques, le mise en œuvre du programme décennal de développement de la justice, mais aussi la mise en place d’un cadre approprié de dialogue et de participation de la société civile au développement économique et social du Mali.

De même, en adhérant volontairement au Mécanisme africain d’évaluation des Pairs (MAEP), le Mali a accepté de se soumettre à des évaluations périodiques permettant un échange d’informations et de bonnes pratiques entre Pairs. Ce faisant, il s’engage à respecter l’esprit et la lettre des instruments convenus en vue d’appliquer une bonne gouvernance politique, économique, de l’entreprise ainsi que le développement socio-économique.

Le Protocole d’accord entre le Forum du MAEP et le gouvernement du Mali, signé le 23 juin 2007, témoigne de l’intérêt que mon pays accorde à la bonne gouvernance en vue d’assurer la stabilité politique, une croissance économique élevée, le développement durable, et l’intégration économique sous-régionale et continentale, à travers l’échange d’expériences et le renforcement des meilleures pratiques réussies.

Mesdames, messieurs,

Le deuxième objectif de cette réunion de haut niveau, me semble-t-il, est de contribuer à mieux préparer les Etats de l’Afrique de l’Ouest à tirer le meilleur parti de l’intégration africaine et de la mondialisation.

Il s’agit, en l’occurrence, d’assurer aux Etats de la sous-région la perspective d’une croissance économique forte à même de permettre de lutter efficacement contre la pauvreté, ce qui, au demeurant, est au centre de leurs préoccupations.

A cet égard, le Mali s’est doté d’un Cadre Stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté, qui vise les objectifs suivants :

- Impulser une croissance économique durable en investissant dans des secteurs porteurs de développement tels que l’agriculture, les ressources minières et les infrastructures de base ;

- La poursuite des réformes structurelles destinées à renforcer les acteurs nouveaux de développement tels les collectivités territoriales ;

- L’émergence d’un secteur privé fort et dynamique, c'est-à-dire compétitif, pouvant être le moteur de la croissance économique et du développement ;

- Le renforcement des secteurs sociaux comme la santé et l’éducation.

De même, comment ne pas rappeler que le NEPAD constitue pour les Etats d’Afrique, dont ceux de l’Afrique de l’Ouest, un cadre programmatique approprié pour impulser leur développement ? Nous devons, à cet égard, concevoir des programmes sous-régionaux adaptés à nos besoins, et, subséquemment, mettre en place un dispositif de pilotage adéquat et mobiliser les ressources en vue de leur mise en œuvre.

S’y ajoute la nécessité de renforcer le système de gouvernance de nos institutions d’intégration.

A cet effet, il convient de surmonter les égoïsmes nationaux pour confier à celles-ci la responsabilité de prendre des décisions dans les domaines importants comme la politique commerciale et les questions connexes (concurrence et investissements), la prévention et la gestion des conflits ou la consolidation de la paix.

Il est tout aussi nécessaire de renforcer, d’une part, le contrôle des citoyens sur le fonctionnement des institutions à travers, notamment, le Parlement de la CEDEAO et, d’autre part, le système judiciaire sous-régional gage de stabilité et de sécurité juridiques.

Mesdames, messieurs,

Je voudrais, pour conclure, m’interroger avec vous : les Etats, le secteur privé et la société civile de la sous-région sont-ils disposés et déterminés à « s’unir dans l’action pour construire des Etats capables, réceptifs et responsables en Afrique de l’Ouest » ?

C’est vous dire, Mesdames, messieurs, que les conclusions de votre réunion sont attendues avec intérêt.

Il ne me reste plus qu’à souhaiter plein succès à vos travaux que je déclare ouverts.

Je vous remercie de votre aimable attention.